L'ANNEXE

© fulguro

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L'Annexe c'est la vitrine de viceversa, rue Mercerie 9, juste au dessous du mudac.
La présentation réalisée par Fulguro donne un avant-goût de nos collections.


De mars 2008 à février 2014, plus de vingt expositions, peinture, sculpture, ou installations se sont succédées au rythme de quatre par année.

PIERRE BONARD — DESSINS
9 OCTOBRE 2013 AU 28 FEVRIEr 2014


'Projet' dessin

Les peintures de Pierre Bonard parlent de relation, d’échange, d’amour et d’amitié, de vie, de peurs et de mort. La série proposée pour cette exposition met en scène un objet, toujours le même, dans différentes situations. Ces barques semblent exister par elles-mêmes, incarnations fantomatiques de visions esseulées, elles renvoient par des métaphores oniriques à l’existence.

L’aspect relationnel de la communication semble au cœur des préoccupations de l’artiste. Des corps se côtoient, aveugles, muets, sans yeux ni bras, objets insolites au cœur d’une nature pas forcément hostile bien que puissante. Figures inertes, échouées, figées sur place, elles s’expriment paradoxalement en figurant des actions intrigantes et dénuées d’intervention extérieure. Rapprochées ou éloignées l’une de l’autre, elles sont toujours en harmonie dans leurs rapports charnels emplis de compassion.

Partant d’un outil très classique, le dessin d’objet, Pierre Bonard, en donnant chair à ses figures et en les transposant dans des situations ‘humaines’, explore les méandres de l’âme. Avec la volonté de ne pas trop en dire, il cultive le flou d’une interprétation trop hâtive. Usant de sa maitrise picturale, il exprime au travers de sa sensibilité la complexité de ses angoisses, de sa générosité, de son empathie.

Christian Balmer, Lausanne, octobre 2013

FRANÇOIS KOHLER – 'BOA’ ‘DRAGON’
19 JUIN – 8 SEPTEMBRE 2013


Allers – Retours
Du réel à l’abstrait, de l’abstrait au réel.

Ne pas diluer la peinture et pourtant figurer le réel.
Ne pas représenter le réel et pourtant utiliser le réel.
Ne pas vouloir créer des images, et pourtant produire des images.
Ne pas faire de photographies, mais laisser les images se produire.
Ne pas montrer le visible pour laisser l’invisible apparaître.
Ne pas prévoir, plutôt laisser les choses venir à soi.
Ne pas fermer les images pour laisser le champ libre au regardant.
Prendre l’arrivée comme point de départ, et ne plus savoir où est le début ou la fin.
Envoyer le spectateur chercher ses sources en lui offrant un point de chute.
Emprunter d’autres chemins pour montrer un chemin.
Être formé à la reproduction, pourtant devenir producteur.
Utiliser le multiple pour rendre hommage à l’unique.
Appeler un boa, voir apparaître un dragon.

Rêver, faire, regarder, se tromper, glisser, devenir, grandir, s’amuser, partager.
François, Kohler, Kohler, François.

SANDRINE PELLETIER
8 MARS–9 JUIN 2013


Un séjour au Caire, une immersion dans les milieux rock (plongée dans l’univers de Satan !) le street art, les mouvements de révolte, l’affichage sauvage, la découverte d’une expression naissante, la politisation d’un peuple, un certain printemps. La barbarie faite aux femmes dans cette société que nous voyons se réveiller et dont on rêve pour elle (naïvement sans doute) d’un idéal rousseauiste, nous ramène à une réalité toute autre. Les rémanences d’un système, manières archaïques de penser les rapports humains font perdurer des réalités qui sont loin d’avoir disparu.
On peut s’essayer à cadrer le travail de Sandrine Pelletier, mais celle-ci s’ingénie à mélanger les codes, mettant le doigt sur une gestuelle qui l’intrigue au premier chef. Le choc des cultures, la rencontre de l’orient avec l’occident, ce qui ici veut dire noir, là-bas signifie blanc ou l’inverse. L’artiste a le sens de la mise en scène. Cette pièce en équilibre sur elle-même ‘Sisterhood’ ne tient qu’à un voile, qu’à un mystère. En nous attirant très innocemment à la manière d’un théâtre de marionnettes, elle nous fait entrer dans son jeu, nous dit que ce voile cache quelque chose qui est loin de s’adresser aux enfants. Et puis, levez les yeux et vous y lirez ce qui s’inscrit dans ce geste de soumission, ce système impensable mais difficile à imaginer renverser, cette force induite et pourtant indue.
Avec ce qu’elle appelle des ‘outils de femme’, Sandrine Pelletier dénonce des faits de société, passant au crible nos certitudes. Elle s’empare du verbe comme d’une arme qui tranche au vif, délave ses fusains dans lesquels apparaissent des meutes de chiens errants aussi attirants qu’effrayants. Soleil noir sur la mosquée ...  


lorna bornand
14 DECEMBRE 2012 — 23 FEVRIER 2013


DESSINS

Entrons dans la transe (formation)…
A travers le chas d’une aiguille, à rebrousse-cheveux, par la pointe du crayon, par le soyeux de l’encre rouge, c’est habituellement toujours ainsi que Lorna Bornand nous convie à entrer dans son œuvre.
Dans ce monde, le visiteur cueille des fleurs de paradoxe : le familier côtoie l’étrange, le doux le piquant, la béance le plein, la répétition du geste l'inopiné, le fragment l’histoire.
Dans cette clairière de signes où l’insouciance donne la main à l’ambiguïté, on sait que le loup n’est jamais loin… et c'est au regardeur de réaliser soi-même les coutures de l’interprétation, même si l’artiste nous donne des pistes.
En vrac, cette liesse échevelée sans visage, coiffure d’apparat d’ailleurs, se transforme en bestiole qui nous méduse ; ces formes énigmatiques, indéfinissables pourraient être des cellules en devenir, pourvoyeuses d'histoires, ou encore, ce corps esquissé tente de se distinguer de ces immeubles encastrés, comme si l’artiste avait séparé ce que Louise Bourgeois avait réuni 50 ans auparavant dans ses femmes maisons.
Cherchez l’intrus.
Habituellement donc, l’infime, le détail, l’envers, le dedans, le figuré, l’évoqué, - terre de transformation - et puis soudain la figure humaine, ou plutôt la silhouette, avec un corps qui surgit en bleu pâle dans ces nouvelles productions; un corps dont l’artiste nous présentait auparavant des interstices, des matières, des métaphores. Il y a dans l’aujourd’hui de Lorna Bornand un personnage, sorte de Modulor personnel, qui donne aux histoires qu'on se raconte des promesses de récits.


Florence Grivel, historienne de l’art avril 2012 


Hélène Gerster - RÉSEAUX
20 septembre - 9 novembre 2012


Jardin d’errance
Comment aller au plus court de A à B? Et pourquoi ne pas éviter de lier ces deux points? Est-ce que je veux réellement aller à B, moi qui suis l’alphabet entier? Je suis le jardin que je parcours et qui me suit sur mon chemin téméraire, mes yeux sont plus rapides que l’ordre naturel des saisons, la quatrième dimension se rend indépendante et porte mes constructions de pensées inextricables dans d’autres sphères, vers un voyage insolite.
Les pas d‘Hélène Gerster bien que gais portent un corps curieux. Son regard éveillé conquière un nouvel environnement à travers cette faim insatiable de tâtonnements et de transpositions. Les lieux sont apparemment choisis par hasard, à l’image d’une dent de lion, qui grâce à son parachute, devient le jouet des vents, atterrissant quelque part. Mais la relation à la terre s’impose et devient nécessaire pour l’artiste. Ses promenades de reconnaissance sont documentées de manière cartographique, scellant ainsi son histoire personnelle. A partir de la matière urbaine concrète, elle noue un réseau entre B, L et S, le quotidien devient un dessin déchiffrable d’une fluidité palpable.
Précautionneusement posé sur des fines broderies, cette perspective à vol d’oiseau nous dévoile les voies de communication empêtrées et le cours de fleuves majestueux d’une ville. Le lustre des perles guide notre regard comme le doux scintillement du soleil à la surface agitée de l’eau. Les souvenirs intimes se muent en lumière discrète de structures argentées. Cette chronique soigneusement détaillée se transforme en un collier dansant, épouse le corps, se retranchant dans un langage secret de sirènes. Contrairement à la carte, le collier perd tout rapport aux points cardinaux, rudiments d’un but qui perd son importance vis à vis du chemin.
Seule la loi de la gravitation accompagne ce réseau routier tentaculaire, dont la position est à chaque fois différente. La surprenante vivacité de la carte, illustrée par un geste spontané, dessine des méandres en filigrane sur le corps et s’éloigne fortement de l’exactitude du plan. Le document est dépourvu de liberté, le collier en jouit pleinement. Des ramifications aériennes nous mènent au jardin d’Hélène, où son vécu personnel et ses souvenirs vivants fleurissent chaque année.


ilona Schwippel, mai 2011 

Alexandre Loye 
30 juin - 15 septembre 2012


Ma peinture, depuis toujours, je la vois figurative : qu’elle représente quelque chose, donne une image du monde. Propose une image du monde.

Quel monde ? D’abord celui, familier, d’un bord de ville où j’habite, avec ses routes, immeubles et arbres en allées. Mais aussi celui, plus lointain, où l’imaginaire tisse des liens et pose des questions.

Je ne peins pas les choses telles qu’elles apparaissent à l’œil d’un appareil photo. Je suis en marche dans la ville, et ne vois pas seulement ce que j’ai devant les yeux. J’ai à l’esprit une image des immeubles que j’ai laissés dans mon dos. Je vois mon balcon resté derrière moi. Voir, c’est aussi penser, et je ne peux me contenter d’une fenêtre sur un paysage immobile. Je veux peindre l’horizon qui ondule au rythme de ma marche, la verticalité de l’arbre qui s’écarte pour me laisser passer.

Ce sont ces sensations que j’emmène à l’atelier, pour en faire peu à peu des images. J’y mêle quelques considérations bien humaines sur l’étranger, la relation, la place des choses et la parole à prendre.

Je peins à partir de formes simples, comme préconçues. Un immeuble, façade blanche trouée de noir, on dirait un mot. Un arbre, une route, on dirait des mots. Mais le travail, la couleur, les nuances et rapports de forme viennent y adjoindre mille adjectifs qui leurs donnent (à mes yeux) consistance de réalité. En font des vecteurs de sensations.

J’oubliais : une figure est là, souvent. Debout, couchée, en marche parfois, elle recueille le senti de ce monde, en est témoin, et prête son corps à celui qui regarde.

Tout est dans le cadre, posé à la surface de la toile. Il suffit de la regarder, de la laisser prendre son ampleur à l’arrière du cerveau. Je ne me suis pas ingénié à cacher quelque chose, à coder un message : je fais dans l’évidence. S’il subsiste un mystère, c’est celui des choses même. C’est du moins ma sincère impression.

Alexandre Loye 

Irène Tétaz - la vie, simplement
du 24 mars au 16 juin 2012


C’est à un travail de mémoire que l’artiste Lausannoise vivant à Bruxelles s’attèle depuis qu’elle produit des images. Au sortir de son école de Beaux-Arts genevoise, Irène Tétaz s’employait à fouiller dans son passé familial pour y trouver des photos qu’elle intégrait dans ses peintures. Ces souvenirs d’un passé récent, d’une enfance heureuse, disparaissaient dans des restes de tapisserie. La mémoire confond, la peinture mélange, l’œil interprète, l’artiste se joue des références.
Les préoccupations actuelles d’Irène Tétaz se nourrissent d’images du présent, de son environnement, d’elle-même aussi bien que de ses amis. Toute cette matière est prétexte à la production d’images qui s’apprêtent à nous accompagner dans ce futur qui n’existe pas plus que le passé qu’il décrit. Seul le moment présent existe, et elle le sait bien. C’est ‘La Vie Simplement’, parce qu’il n’y a rien à ajouter, parce qu’au fond, ce qui perdure c’est les sentiments, et c’est peut-être la seule chose qui vaille d’être conservée.
Ces moments tout à la fois uniques et parfaitement banals (ou au moins communs) peuvent se retrouver figés par les doigts de l’artiste au moyen de broderies (comme le faisait sa grand-mère). Ils sont mis en contact à des références au passé (vestiges de tapisserie, papiers à fleurs, serviettes) par l’huile qu’elle imbibe sur ces papiers dessinés. Un jeu de transparences nous permet de lire au travers du temps.

Christian Balmer – mars 2012   

JEAN CROTTI
3 DECEMBRE 2011 - MARS 2012


Les personnages que peint Jean Crotti communiquent par la peau, ils sont nus. Si le langage du corps est une communication, nous sommes ici immédiatement bouleversés par le langage des sujets représentés. Parce que l’artiste ne cherche pas à leur faire dire quelque chose, mais parce que simplement il les laisse s’exprimer, envahir la scène. Jean disparaît dans ses personnages, leur permet de vivre, d’être ce qu’ils doivent être. Figure, représentation, la peinture est le reflet de l’humain. Chez Crotti, on a le sentiment d’une incarnation. Nous sommes au-delà du beau, du laid, de l’esthétique, nous sommes face au trouble de l’existence, à l’instant primal de la vie. Ces personnages sont là par eux-mêmes.
Les supports utilisés pour ses peintures sont le signe de l’humilité dans laquelle Crotti situe son travail. Une planche à découper, des morceaux de bois récupérés, du tissu à motif, des papiers utilitaires, des couvertures, des panneaux de bois brut. Morceaux de vies, d’existences, cette chair mise à nu par ce célibataire commence par le choix du support, lui-même dépouillé.
Au fil de ses recherches, Crotti aborde le sujet, toujours et irrémédiablement le même, de plus en plus lui-même, avec un dénuement grandissant. Toujours plus, c’est la figure pour elle-même, pour elle seule, qui advient dans ces dessins. La sincérité de son désir ne souffre d’aucun trouble, le regard de l’artiste transparait dans son sujet. De cette fusion naît une sincérité qui nous concerne dans notre rapport à l’existence. Par ces sujets anonymes, pauvres et pas encore travestis par un quelconque vécu, on se retrouve nu face à leur regard transperçant et tendre.

Christian Balmer – décembre 2011 

CHRISTIAN STUKER – SANS TITRES
6 SEPTEMBRE – 27 NOVEMBRE 2011 


Derrière le voile on perçoit des personnages bien vivants, loin certes, mais bien réels. Les couleurs nous font sentir la chaleur des corps, des gestes, les expressions et les attitudes sont habilement transmises par quelques traits d’une délicate précision. Quelques taches diffuses d’aquarelle appliquées d’une main sûre suffisent à transcrire une ambiance. Le soleil plane, les enfants jouent, les couples languissent, quelques belles prennent le soleil.
L’œil a pour habitude de chercher le vrai dans ce qu’il voit. La banalité des thèmes choisis par Christian Stuker est suffisamment peu habituelle dans la peinture contemporaine, qu’on commence par croire qu’il s’agit de photographies, peut-être un peu floues, mais en tous cas nous pouvons penser qu’il s’agit d’instantanés de la réalité. Cet appel décontracté de l’image au spectateur pousse celui-ci à aborder ces œuvres de manière simple et légère, avant de s’attarder sur un détail, troublant.
Lorsque la question de savoir s’il s’agit de photos ou de peintures a été élucidée, le regardant est au pied du mur, contraint de s’interroger sur la perception qu’il a de cette œuvre d’art. Trahit par ses sens, il doit alors se repositionner face, non pas à une image du réel, mais à une représentation de celui-ci. Pourtant graphiste de formation, l’artiste n’utilise aucun des outils du technicien dans son travail artistique. Ces aquarelles sont entièrement peintes à main levée, couche par couche. A la manière d’une imprimante, les couleurs se mélangent lorsqu’elles se superposent les unes aux autres, ceci jusqu’à créer une palette complète de nuances, c’est de la peinture pure.
La photographie fait partie de notre quotidien, et bien souvent elle formate notre œil. En utilisant ce média comme référentiel à sa peinture, Stuker propose, à l’instar des impressionnistes, une relecture de la réalité, proposant une nouvelle perception du monde qui nous entoure. Se jouant de notre appréhension de la photographie, il nous offre ce ravissement de la redécouverte.

Christian Balmer – septembre 2011 

CHRISTINA JONSSON – NO MILKY AESTHETICS
 8 JUIN 2011 – AOÛT 2011 


La vie c’est le passage. Dire qu’elle est passage revient à dire qu’elle est action.
Gaston Berger


Non, les vaches ne regardent plus passer les trains. Il en passe tant qu’à la fin, les vaches, elles se lassent. Et puis, elles en ont déjà orné des horizons idylliques, des dramaturgies romantiques, elles ont été symbole touristique, détournement politique, outil de propagande paysanne, que sais-je. Alors voilà, c’est non. Les vaches, elles ne sont plus là pour faire bonne figure. Elles exigent désormais qu’on leur dresse un portrait digne, en reconnaissance de leur personnalité, elles qui sont les égales du paysan, de sa femme, et même du couple de chiens-gardiens.

Christina Jonsson peint. Des lapins, des pots de fleurs, des personnages, des extraits de ce paysage suisse qu’elle découvre après avoir vécu en son Danemark natal, et son Sud de cœur. La voici maintenant confrontée à un univers qui n’a pas connu de révolution, et dans lequel les jarres tiennent en équilibre sur un piédestal, les vaches sont mises en étendard par des paysans béats et heureux d’eux-mêmes, le cheval en perd la tête. Heureusement, il tient en parfait équilibre sur un socle dix fois plus haut que lui et ne nécessitant aucun contreventement.

Effectivement, c’est là où nous emmène Christina, vers ce dérèglement, cette mise en péril de nos certitudes. La peinture est là, mais la présentation nous met mal à l’aise. Il n’y a aucun clou dans cette exposition, d’ailleurs ce n’en est pas une, juste une installation provisoire, prête à changer. Il s’agit plus de la peinture d’un instant que d’une peinture figurative. L’œuvre est à considérer photographiquement, le tout n’étant que partie d’une continuité, un passage prospectif. Ce qui anime l’artiste, c’est ce que sera demain, peut-être ce qu’il reste à faire aujourd’hui.  

JACQUES-A. BONNARD
22 MARS 2011 – 28 MAI 2011


Le sel, le sale, le céleste.

Courants d’air, placards oubliés, énigmes, allusions, intrigues, rêves, traques … différentes manières nous sont proposées pour aborder le travail présenté par Jacques-A. Bonnard à L’Annexe. En funambule de l’inconscient, ce chercheur d’images collecte des impressions au fil de son chemin. Ces références digérées, macérées, sont conjuguées par de subtiles mises en relations. Connexions en zigzag, pensées suivant le mouvement sinusoïdal et suave d’une courbe de la pensée deviennent autant de mises en résonnance du champ des images auquel nous sommes confrontés sans vraiment les apercevoir. En fin acupuncteur, il instille dans notre esprit d’un geste déterminé des piques qui réveillent des douleurs enfouies et ancestrales, parts intégrales de notre inconscient physique.

Ces objets transitoires dialoguent entre eux, dialoguent en nous, sont des possibles. Peurs ou envies, fantasmes vibrant et mutant au gré du regard et de l’attention qu’on leur porte, ils réveillent des démons dormants. Au travers de la rencontre de cette part sombre du moi, la profondeur de l’œuvre devient verticale. Tandis que le point culminant de la forme reste fixé au mur, statique au dessus du mouvement doux d’un saule pleureur, la gravité terrestre contredit la verticalité par la noirceur, laissant balancer ce fil animal avec sensualité. Ces images, ces empreintes de la réalité, proposent un point de vue qui n’a, selon l’artiste, rien d’idyllique ou d’imaginaire. Mais la mutation de ces assemblages risque de provoquer des réminiscences qui, tel le sable sous vos pieds, continuera à crisser en vous.

Christian Balmer – mars 2011

JEAN-CHRISTOPHE HUGUENIN – Zig Zag Tuba
décembre 2010 à février 2011 


Lorsqu’un ventilateur à pied tombe en pâmoison devant un cotillon, qu’il se tient là érigé de tout son être, soufflant pour faire virevolter cet animal minuscule et ridicule, on ne peut pas y voir une parodie de l’amour. Non ces deux êtres se respectent, savent garder la distance, se vouvoient, deviennent beaux l’un par l’autre alors même qu’ils ne sont rien, mécanique pour l’un, papillon artificiel pour l’autre. Mais, dans cette relation fragile s’inscrit tout le langage amoureux, érotisme sublimé puisqu’ils ne se toucheront jamais, amour électrique d’une brute de supermarché pour un attrape-nigaud.

Et puis un beau jour, le cotillon s’émancipe, cesse de faire la fête, mute en installation, devient tapis coloré occupant tout l’espace, imposant présence et respect de par sa fragilité. Encore une fois, Jean-Christophe Huguenin, en équilibriste du presque rien, capte la poésie dans la banalité des objets, la transmute de manière empirique en une œuvre quasi mystique, nous renvoyant tendrement à notre statut de misérable humain qu’un souffle cosmique pourrait ébranler.

Cette œuvre ne serait sans doute pas si remarquable si elle ne se matérialisait en objets spatiaux prenant chair au détour d’un étal de boucher, si les sculptures n’étaient discrètement sexuées par ce vide qu’elles font vivre, imposant le respect de leur nature. Cible molle, ouverture féconde, expression dont les formes animales, féminines ou géométriques transcendent notre existence de manière ludique et joyeuse. Ce saltimbanque nous pend au fil de ses installations.

Christian Balmer – décembre 2010 

Christoph Zellweger - incredibles


‘La majeur partie de ce que l’on voit autour de nous a été remodelé par l’homme : éléments cultivés, reproduits, transplantés, ou simplement fabriqués. La série ‘Incredibles’ se concentre sur le corps humain en tant que lieu d’expérimentation afin d’explorer l’aspect inconnu mais aussi spectaculaire des modifications médicales et partant, de ses implications psychologiques.
Le sentiment d’éloignement et de fragilité de nos individualités contemporaines sont les thèmes principaux de mon travail. Je réfléchis aux multiples facteurs qui défient nos manières de vivre et la façon dont ils influencent la construction de nos identités et de nos perceptions de celle-ci. Mon travail examine le corps en tant que lieu de rituels sociaux et de communication non verbale (prolongation de vie, extension du pénis, contrôle pharmacologique du corps et de l’esprit…) et touche à des sujets qui surgissent quand l’esthétique se confronte à l’éthique.

Issu d’une lignée de bijoutiers de la région de Zurich, Christoph Zellweger possède une solide base technique et historique de l’art du bijou, ainsi qu’une longue réflexion sur la fonction de la parure qui justifiant un regard critique sur les objets liés au corps. Après plusieurs années d’expérience d’atelier et d’enseignement académique, notamment à l’université de Sheffield en Angleterre, il accrédite l’idée que la vie ne sert pas seulement une redéfinition du beau et du cher, mais que l’expression artistique s’inscrit dans l’affirmation de notre différence. En d’autres termes que la parure présentée sous l’angle de la distinction sociale est plus avantageusement valorisante par ses aspects artistiques que par ses qualités esthétiques et symboliques de richesse matérielle.  

ANNE PEVERELLI - AILLEURS  
MAI - JUILLET 2010


Tout comme son pinceau ne touche pas la toile, Anne Peverelli approche le réel avec distance. Elle lâche son regard comme on lâche un chien qui s’en va errer, fouiner, renifler, pisser où il veut, animal intuitif, inquisiteur, enquêteur sur le monde qui l’entoure. Son œil critique s’ingénie à démontrer les distorsions de la réalité, la noirceur de nos univers, l’énormité de notre contexte urbain, effrayant et pourtant apprivoisé et intégré.

Elle dit peindre en faisant le vide dans son esprit, c’est sans doute pour mieux laisser s’écouler le fluide de ses perceptions animales sur le papier. Parfois les traits dessinés prennent vie, s’enchevêtrent, construisent des architectures improbables qui pourraient nous dire les gestes d’enfants dans un arbre, le mouvement d’une vague, ou simplement un caillou, parfois des explosions festives, des réseaux pris dans les résidus interstitiels de nos complexes environnements. Mais il faudra se méfier de certaines apparitions, elles ne résisteront pas à un examen approfondi.

La pauvreté des moyens utilisés nous laisse dans l’incertitude, à croire que l’artiste l’utilise à dessein. A peine l’objet est identifié, le voilà qui s’esquive, ne correspond pas tout à fait à son modèle, pourrait être autre, son équivocité nous renvoie la question de la réalité de l’existence. Puisqu’il est là, devant nous, présent, presque reconnaissable, pourquoi n’est-il pas nommable? Serait-ce moi, le regardant, qui suis ailleurs ? Face aux œuvres d’Anne Peverelli, on se retrouve quelque part, presque en dehors du temps et de l’espace. Mais si cet ailleurs est ici, cela veut dire que nous n’y sommes pas. Ces figures de l’abstraction nous positionnent en équilibre inconfortable sur la matière qui nous constitue.

Christian Balmer – avril 2010 

MAYA ROCHAT - ES STINKT DER MENSCH SOLANG ER LEBT  
DECEMBRE 2009 - MARS 2010


Urbaines empreintes humaines, les traces traquées par Maya Rochat révèlent des bruissements d’existences. L’œil de sa caméra saisit la vitalité d’un instant, signifie le désarroi de l’être, postule des cris assourdissants. Les émissions de ses semblables sont perceptibles dans l’expression qu’elle laisse émerger d’architectures-portraits capturés en des clichés qu’elle positionne en interrogation, qu’elle retourne en ironie d’un mode de pensée convenu. D’un simple reflet du quotidien elle figure un charnier, de la dureté d’un regard capturé elle révèle la fragilité, du tremblement de sa main elle décortique la vie de tout un pâté d’habitations.
La vie n’est qu’un signe. La vie ne fait que passer, mais le signe qu’elle laisse demeure. La vie prend sens au travers des vestiges de son passage. L’empreinte de l’homme sur son environnement est une fatalité, la signature de son existence. Pour Lévi-Strauss ‘Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui ’. Pourtant l’empreinte, la détresse et le vertige de sa destinée resteront les témoins de ce qu’il a été.
L’homme n’a pas d’autre choix que d’exister, Maya Rochat le transcrit dans l’intimité des dessins qu’elle réalise parallèlement à ses virées insomniaques. Ces exécutions, d’une beauté troublante, d’une détresse profonde, sont les stigmates d’une émotion physique.

Christian Balmer – janvier 2010 

SYLVIE MERMOUD - MUTATIONS
DU 19 SEPTEMBRE AU 6 DECEMBRE 2009


Miroir d’un passé lointain, reflet d’une mémoire absconse et sibylline, l’ésotérisme de Sylvie Mermoud répond de manière sourde à nos interrogations philosophiques. La matière picturale occupe l’espace, prenant ainsi l’artiste en otage, elle fait naître un rapport physique, lutte âpre et vertigineuse, vitale et sensuelle, interrogative et abyssale. Subjuguée, l’artiste fait face à un véritable raz de marée face auquel elle doit argumenter pour émerger, reconquérir son identité, s’extirper de la matière pour ne pas sombrer dans le néant et dans l’abîme. Affirmations, questionnements, suggestions, esquisses, lacérations, griffures sont la panoplie martiale déployée pour résister à ce vertige pour que la vie au final prenne le dessus. La matière est à découvert, le sacrifice humain.

Mutations transcendantales, biologie du côté sombre, les récents dessins de Sylvie Mermoud évoquent un monde du vivant curieux et étrangement proche de nous. Qu’il s’agisse de végétaux, de plantes, ou d’animaux incongrus, ces eucaryotes se posent en interrogations : sont-ils bons, sont-ils dégénérescents ? Les sentiments qu’ils inspirent provoquent tout à la fois attirance et répulsion, côté lumière et côté sombre, ambivalence de l’âme. Leur dualité est à l’image de cet arbre de la légende malgache dont on ne savait lesquels des deux sortes de fruits qu’il produisait étaient bons et lesquels étaient toxiques. Lorsqu’à la suite d’une famine l’on eut découvert les bons on se décida de couper la partie du tronc qui produisait les fruits malsains. L’arbre mourut quelques jours plus tard.

Christian Balmer – septembre 2009 

OLIVIER CUENDET - ELLIPSE  
DU 16 MAI AU 29 AOÛT 2009


Bien plus qu’à un gain de temps, le raccourci sert la découverte de ce qui se trouve là sous nos yeux dans cet objet banal, ce détail omis par un regard pressé. Parce qu’on sait bien que l’important n’est pas la chose, mais le regard porté sur elle. Pour certains, les détours sont importants, ils permettent d’appréhender l’objet, de le cerner, de mieux le saisir. Une sculpture se doit de donner une réponse claire, puisqu’elle doit être lue depuis derrière autant que par devant. Les arts graphiques, eux permutent la problématique, forçant le spectateur à prendre position. D’abord il lui faut savoir la distance, et puis l’angle, la lumière, parfois même le sujet sont tributaires de l’interprétation de celui qui les découvre. Cette liberté d’interprétation peut s’apparenter à celle de la musique dans ce qu’elle a de suggestif.

La quête d’Olivier Cuendet prend des raccourcis, positionne le spectateur en des points de vue auxquels il n’est pas accoutumé, jouant de la distance, de la couleur, au travers de la libre interprétation gestuelle qu’il en fait. Quand bien même les objets mis en scène font partie du quotidien, les montrer sous un autre angle, en proposer une nouvelle vision leur permet une renaissance poétique. Tout comme dans sa recherche musicale, il nous invite à porter un œil contemporain sur notre environnement.

Tant l’ellipse permet de s’éloigner du centre de gravitation, les raccourcis lyriques auxquels elle renvoie invitent notre perception à recomposer le chemin habituellement parcouru. Ce titillement de l’esprit est accompagné du plaisir de l’acte de peindre, d’une jouissance de la matière dans le mélange des textures et des couleurs. Car même si Olivier Cuendet trouve un apaisement dans la peinture puisqu’elle lui permet, selon ses termes, une matérialisation de sa quête, il aime à nous inviter par la grâce de son geste à revoir notre perception au travers de ses investigations.

Christian Balmer – mai 2009 

SOPHIE BOUVIER AUSLÄNDER — HERITAGE
21 MARS AU 10 MAI 2009


Des paysages qui défilent, des couleurs qui s’étirent, des parties absentes, des images qui deviennent illisibles. A chacun de laisser son imagination recomposer, représenter, recréer une réalité selon son vécu, ses références. Les œuvres Héritage de Sophie Bouvier sont faites de lanières issues des copies de peintures de son arrière-grand-oncle mises bout à bout et tendues sur des cadres en bois. Ces lambeaux évoquent le temps qui passe, les couleurs d’émotions vécues, passé décomposé, indicible, exprimé en filigrane dans le texte plutôt qu’en mots ou en images.

Un héritage apporte un avantage, un bien, un savoir, un don, mais aussi une responsabilité. Voici la question de savoir comment l’adopter et l’intégrer. La manipulation est un sacrilège, toucher à l’œuvre d’autrui n’est pas chose permise. Quoi faire avec le présent d’un autre ? Mieux vaut s’en débarrasser, le passer au destructeur de documents ! A travers la copie et la lacération, l’artiste prend la distance nécessaire pour s’approprier cet héritage, en faire une Interprétation libre.

Ces précieux matériaux, ma foi bien encombrant, ayant subi sa transformation libératoire, Sophie Bouvier peut nous le donner à relire, s’ingéniant à recomposer des images abstraites, suggestives, de paysages défilant devant nos yeux. Cette invitation au voyage personnel est suggérée par une géographie recomposée. Il ne s’agit pas là d’interprétation, la musicalité de cette composition familiale aux notes ancestrales revêt la touche du présent. Les couleurs sont bien celles du mélange de Sophie.

Christian Balmer, Lausanne, mars 2009 

ROBERT IRELAND - HIATUS
30 OCTOBRE 2008 AU 31 JANVIER 2009


Robert Ireland s’intéresse à la peinture. Il la décortique. La substance picturale est analysée pour elle-même, pour ce qu’elle est, au-delà de la représentation qu’elle figure. D’ailleurs, on pourrait croire qu’il s’immisce en elle, tant certaines de ses œuvres sont abordées comme par introspection. Dans ce jeu de miroir, il tente de cerner la question du « Qui suis-je ? » sous différents abords.

Lorsqu’il se demande « D’où viens-je ? » nous pouvons avoir à faire à « Mutilations », peinture figurant le torse d’une statue ayant au cours de son existence perdu un ou plusieurs de ses membres. Alors il en dessine le pourtour, qu’il découpe ensuite, pour finalement n’en garder que l’extérieur afin de mieux exprimer le vide, l’absence. On peut alors fantasmer sur ce fragment de corps déhanché, tout en se posant la question de l’imaginaire auquel il renvoie naturellement.

L’expression de la reconstitution d’un passé qui n’existe plus, se retrouve dans le tableau titre de cette exposition. « Hiatus » est formé d’une suite de mots disparaissant les uns après les autres, pour ne former plus qu’une sorte de table des matières, matière à entrer dans le jeu de la peinture, suggérant plus qu’elle ne montre. La question initiale de ce propos s’exprime ici dans le passage formé par un glissement vers une abstraction toute picturale. C’est dans cet entre-deux, ce hiatus, que se trouve toute la tension d’une interrogation, essentielle à tout œuvre d’art.

Autre interrogation « Où vais-je ? » clairement formulée dans la série de dessins « Réserves » représentant une grille de rangement d’œuvres d’art utilisée par un musée en manque de place d’exposition. Cet excès d’images est mis en abîme, souligné par les espaces figurant le vide entre les tableaux, substances à haute valeur ajoutée réduite au rang de numéro d’une liste de stock. Tentative d’existence entre l’être et le néant, syncrétisme pictural.

Christian Balmer, Lausanne, octobre 2008  

MALI GENEST — EMPORTER LE CONTOUR
du 16 mai au 28 juin 2008


Emporter le contour
C’est l’histoire d’une couturière qui ne fait pas de couture, d’une peintre qui ne fait pas de peinture, d’une enveloppe qui n’enveloppe pas. Mali Genest tourne autour du corps, le détoure, en fait ressortir des morceaux, utilisant les techniques et les modes de la couturière, elle fait, défait et refait, représentant le corps à travers ces figures humaines superposées que sont les patrons des couturières, révélant ainsi différentes géométrie du corps humain par le déploiement de son enveloppe. Une fois mises à plat, ces dépouilles deviennent charpie, interrogations et affirmations inversant le contour intérieur vers un extérieur improbable. La figure de l’humain est présente, sa ligne en est clairement dessinée, nous assistons à son dépeçage.
Autre représentation fantomatique, la série des feutres laisse apparaître de mystérieuses formes en volume : organes, cocons, enveloppes, sinon forces de vie elles sont en quête de celle-ci. La bienveillance de Mali Genest est une reconnaissance de nos maux et de nos souffrances, c’est la mise en abîme de la joie, l’exultation négative du plaisir simple de l’existence face à nos destins de chair.
L’artiste utilise ses connaissances de couture pour approcher la toile. Les tableaux « Emporter le contour » sont constitués de perforations telles que les couturières les pratiquent pour marquer les points importants d’un patron. Lors de son exposition à la galerie viceversa en 1999, elle répondait aux travaux de tissages de la bijoutière Sonia Morel en créant déformations et étirements sur des vêtements à l’aide du point de sa machine à coudre, celle-ci altérant le tissu au point de dénaturer le corps.

Christian Balmer, Lausanne, avril 2008  

ALAIN HUCK — SUSPENSION
du 6 mars au 19 avril 2008 


Suspendu à l’oreille d’un de ses congénères dans un élan affectueux ou en position d’agression, un âne est accroché tendrement/vigoureusement à un des ses semblables. Nous ne saurons pas tout de la nature de leur relation, de l’ambiguïté qui les lie, passion amour haine je t’aime je te déchire. Un grand dessin au fusain dont la surface est voilée de brume nous ramène à l’essentiel, à l’essence des relations. Ils sont deux, ils sont seuls, et néanmoins ils sont ensemble, d’une manière ou d’une autre ils s’accommodent de la vie dans ce qu’elle a de plus beau et de plus dur à la fois, de ce que l’on peut en faire, de ce que l’on ne peut qu’en faire.

Deux également (ou une seule ?) dans ce dessin « Moremort » figurant deux colliers, semblables au premier coup d’œil, mais dont la lecture stéréoscopique nous indique une petite différence, jeu entre futile et dérisoire, vénalité de nos valeurs, refuge, inconscience face à notre destin dont la finalité est pareille pour chacun. C’est pourtant cette double lecture qui nous permet d’appréhender le réel dans sa complexité, de le saisir dans sa contradiction absurde, interminablement finie.

Le sens des mots est mis en tension, comme dans le multiple « Peau » qui sera à nouveau présenté (tout comme il le fut déjà lors de l’exposition éponyme et personnelle d’Alain Huck en nos murs [ipsofakto] en 1993). Il est lui aussi l’affirmation de ce rapport étrange et mélancolique, subliminal de notre matérialité durement confrontée à elle-même et magistralement mis en œuvre, déchiffrable dans une sorte d’aboutissement, point final à la problématique picturale. Une représentation de la figure humaine sur du papier-boucher.

Christian Balmer, février 2008 

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